LE GEIE

Rencontre avec Matthieu Blanc, Président (2024-2026) de l’organisation fluviale européenne European Barge Union (EBU)

Organisation européenne représentant les transporteurs fluviaux de marchandises, l’European Barge Union porte la voix des usagers de la voie d’eau auprès des institutions européennes et des gestionnaires d’infrastructures. À l’heure où le réseau Seine-Escaut se déploie progressivement, Matthieu Blanc livre le regard des transporteurs, des ports et des acteurs économiques sur les attentes concrètes liées au développement de ce grand corridor fluvial européen.

 

 

« Une liaison comme Seine-Escaut répond à une logique européenne forte : relier durablement les grands bassins industriels et logistiques. »

Quelle place le transport fluvial occupe-t-il aujourd’hui en Europe, et que représente le réseau Seine-Escaut pour les acteurs économiques ?

Le transport fluvial joue un rôle à la fois discret et essentiel. Discret, parce qu’il reste peu visible dans le débat public, mais essentiel pour de nombreuses activités industrielles. Au-delà d’un certain volume de marchandises, la voie d’eau devient un outil logistique déterminant pour la compétitivité des sites industriels et des ports.

Dans ce contexte, le réseau Seine-Escaut s’inscrit clairement dans une logique européenne. Il vise à relier des bassins industriels et portuaires majeurs, en assurant la continuité du grand gabarit entre le Benelux et le bassin de la Seine. Ce type d’infrastructure dépasse les enjeux locaux : ce sont des investissements structurants, dont les effets se mesurent souvent sur plusieurs décennies.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis pour les usagers du réseau fluvial ?

Un enjeu majeur concerne la performance des infrastructures existantes, et en particulier leur maintenance. Construire un ouvrage est une étape importante, mais maintenir durablement un haut niveau de service est tout aussi essentiel pour les usagers, qui ont besoin de fiabilité et de prévisibilité.

Un autre défi concerne la transition énergétique du secteur. La décarbonation passera sans doute par plusieurs solutions complémentaires, notamment l’usage de biocarburants, le développement de l’électrification et la mise en place d’infrastructures adaptées, comme des bornes de recharge. Ces évolutions sont déjà engagées, mais elles nécessitent des investissements et un accompagnement dans la durée.

Quelles attentes expriment les industriels et les ports à l’égard de grands réseaux comme Seine-Escaut ?

Les attentes portent d’abord sur la capacité à offrir des infrastructures performantes et continues, permettant le transport de volumes importants sur de longues distances. Une liaison comme Seine-Escaut ouvre des perspectives nouvelles pour le report modal et pour l’organisation des chaînes logistiques multimodales.

Il existe aussi un enjeu de visibilité et de compréhension du projet. Pour certains acteurs économiques, l’horizon de mise en service peut encore paraître lointain, ce qui rend nécessaire un travail d’information et de pédagogie. La possibilité de transporter des flux importants entre les grands ports du Nord et le Bassin parisien constitue un atout stratégique évident à l’échelle européenne.

Quelles évolutions vous semblent les plus prometteuses pour renforcer l’attractivité du transport fluvial ?

Plusieurs innovations pourraient transformer progressivement le secteur. L’automatisation et les systèmes d’aide à la navigation se développent déjà et devraient continuer à progresser dans les prochaines années. Parallèlement, l’usage de carburants alternatifs et l’électrification des unités, c’est-à-dire le recours à des bateaux fonctionnant en tout ou partie à l’électricité, constituent des pistes majeures pour réduire l’empreinte environnementale du transport fluvial. Enfin, il ne faut pas oublier d’autres dimensions du développement des voies navigables, notamment le tourisme, qui connaît une croissance importante en Europe et contribue aussi à la valorisation des territoires traversés par les grands axes fluviaux.

 

Écluse de Comines sur la Lys © SPW

L’électrification du transport fluvial, une évolution en marche

Cette action consiste à développer des bateaux capables de fonctionner partiellement ou entièrement à l’électricité, en complément ou en remplacement des moteurs thermiques. Cette évolution peut s’appuyer sur des batteries embarquées ou sur des infrastructures de recharge installées à quai. Elle constitue l’une des pistes majeures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du transport fluvial et renforcer son rôle dans la transition énergétique du secteur logistique.